jeudi 26 août 2010

F2. BUS DE NUIT AHMEDABAD-UDAIPUR (26.08.10)


BUS DE NUIT
AHMEDABAD-UDAIPUR





Quelqu'un a mis son sac à la place du mien...
Je déplace le sac et occupe de nouveau le siège numéro 5.
Une femme arrive et revendique cette place. Elle me tend son billet, je lui montre le mien. Nous sommes dans l'impasse...

Le bus pour Udaipur démarre à 22h.
Le receveur, prévenu par ma voisine, me demande mon billet.
Il répète en gujarati une phrase, qui signifie sans doute : "Vous n'êtes pas dans le bon bus !"
Peut-être y avait-il deux bus partant à 22h pour Udaipur.
Une chance sur deux de prendre le mauvais !

Dix minutes plus tard, le bus s'arrête.
Encore des embrouilles et du baratin en perspective...
Le receveur m'ordonne de descendre.
Sans mes affaires, je le suis dans la nuit jusqu'à une jeep, stationnant 15 mètres derrière notre bus.

Son conducteur m'explique en anglais :
-"Vous n'avez pas pris le bon bus. Si vous voulez rester, vous devez payer le billet de ce bus : 170 roupies. Sinon, vous devez sortir avec vos affaires !"
- "No, sir ! C'est une erreur ! Je ne savais pas qu'il y avait plusieurs bus pour Udaipur à la même heure... On m'a indiqué ce bus comme celui d'Udaipur de 22h. J'ai fait confiance, je me suis installé. Je refuse de payer une deuxième fois ! Et je veux rester dans ce bus !"
- No ! Vous avez un billet de la Compagnie du Gujarat. Ce bus est de la Compagnie du Rajasthan, vous devez payer un billet pour ce bus. Ou alors, prenez vos affaires !"
- "J'ai payé ma place, je reste ! C'est une erreur involontaire. A Udaipur, je vais déposer une réclamation à la police touristique !"

Le moustachu me regarde en silence. Mon argument le fait réfléchir...
Le receveur nous regarde tous les deux.
-"Thank you, Sir ! Nice to meet you !"
Et je regagne le bus sous les yeux du receveur, éberlué que j'échappe au paiement d'un second billet.

Le bus redémarre.
La nuit peut commencer, pas d'autres embrouilles à l'horizon.
Dans la cabine à deux mètres, le receveur raconte au chauffeur en gujarati l'épisode dans ses moindres détails. Ce que je serai bien incapable de traduire...
Coup de chance, notre bus est pratiquement vide. Sept ou huit passagers seulement, ce qui est exceptionnel en Inde.

Chacun peut donc s'allonger à l'aise sur une banquette.
En m'endormant, je songe à cette erreur bénéfique. Le bus de la Compagnie d'Etat du Gujarat était peut-être surpeuplé...

Dans la nuit, le bus s'arrête pour une pause dîner.
J'en profite pour marcher autour du restaurant, pour me rafraîchir et me laver les mains.
Aucune envie de manger, ni même de boire un thé.
Je veux rester dans ma bulle de silence, propice à un sommeil aisé.

Quelqu'un me secoue par l'épaule : "Udaipur ! Udaipur !"
Étonné, je regarde ma montre : "But it's 3 o'clock !"
Mais je dois revenir à la réalité (après un sommeil bien agréable), ce sont les faubourgs d'Udaipur...

Ma surprise s'explique.
Je voulais faire ce trajet de nuit en train. Mais les fortes pluies dans la région ont provoqué la fermeture de la ligne Ahmedabad-Udaipur jusqu'au 15 septembre...
L'unique alternative était un bus de nuit. Du coup, j'ai oublié de demander à quelle heure le bus arrivait à Udaipur...

Gare routière d'Udaipur.
Je croyais y débarquer vers 6h, non à 3 heures du matin...
Je peine à extraire mon sac d'un porte bagage, trop étroit pour lui.
Un type entre dans le bus et me baratine dans un anglais folklorique, où il est question d'autorickshaw, de chambre où dormir...

Je sais comment m'en débarrasser.
Car ces types vous brouillent l'esprit, alors que vous êtes suffisamment abruti, par une nuit trop courte !
Partout dans la gare, les gens dorment. Sur le sol ou sur des bancs de pierre.
Circulant entre les dormeurs, je trouve un banc de pierre à moitié libre.
Idéal pour faire le point.

Peu à peu, mon cerveau s'éclaircit.
Je n'ai qu'à attendre sur ce banc, deux ou trois heures, jusqu'à l'aube.
Ensuite, aller à la gare ferroviaire, prendre une douche dans une salle d'attente.
Puis attendre huit heures, l'ouverture du Bureau de réservation ferroviaire.
Je veux acheter un billet pour Delhi. Départ ce soir, arrivée demain matin.

Des heures et des heures d'attente...
C'est l'Inde, et c'est la poésie des voyages...
Ma parade est l'écriture. Des heures à écrire ici, puis à la gare.
Il suffit d'un cahier et d'un stylo. Une activité praticable partout et à toute heure !


Lionel Bonhouvrier.

lundi 23 août 2010

E1. L'ÎLE DE DIU (23 aout 2010).



L'ÎLE DE DIU


Vous désirez du farniente
du calme jusqu'à plus soif ?
Diu est faite pour vous !

Se lever tard, aller à la plage
avec des voisins curieux et collants
que la solitude angoisse...
Aller de sieste en sieste

pour oublier le stress
tel un naufragé de la réalité

Louer un vélo ? presque impossible !
Assurer l'intendance, cela fatigue...

Si les plages sont loins
participez à la ronde des scooters
et des motos sur les routes...

Vous aimez jouir d'une plage et nager seul
cette rare merveille ?
Lever vous très tôt, les plages sont à vous


Lionel Bonhouvrier.

jeudi 19 août 2010

D4. ASTA LUEGO, HASTA GIRI ! (Palitana, 19.08.10)


ASTA LUEGO, HASTA GIRI !

(Palitana)



EN ROUTE POUR HASTAGIRI


J'obtiens l'information en discutant avec deux jeunes hommes, qui ont créés un site internet sur Palitana.
Hasta Giri est une colline, accueillant des temples jaïns, inscrite dans un méandre de la rivière Shatrunjaya. Du sommet, on peut y admirer la citadelle de Shatrunjaya.
Le lendemain matin, je prends un bus à 8h30 à la gare routière.

Le bus met trois quart d'heure pour parcourir 20 km.
Des villageoises entassent sur une banquette leurs achats de cuisine : grandes passoires, larges pelles et écumoires, plats profonds pour famille nombreuse...
Leurs deux filles sont excitées par le trajet et le retour dans leur village.

En quittant Palitana, nous empreintons une piste qui nous secoue en tous sens.
Je crains le pire...
Heureusement, le reste du trajet est moins chaotique.

Sur plusieurs kilomètres, nous longeons une berge de la Shatrunjaya, large rivière que j'ai admiré depuis la citadelle de Shatrunjaya.
Les passagers, saisis par cette dimension d'espace, ont le nez tourné vers l'eau.

Nous traversons plusieurs villages.
Des femmes marchent, une jarre d'eau sur la tête.
La circulation est ralentie par les troupeaux de vaches et de chèvres.
Un motard transporte dans un châssis sur roues une quinzaine de villageois entass
és...

Le bus dépose trois voyageurs en face de l'arche d'entrée d'Hasta Giri.
Dont celui que des passagers du bus nomment "l'Américain"...
A l'office, on me conseille de prendre le bus de 9h30, qui dessert le sommet de la colline.

C'est un minibus, qui démarre en retard avec ses banquettes bien remplies.
En vingt minutes, nous arrivons devant une cité entourée de rempart.
C'est le temple principal de la colline de Hasta.


TOUR DE L'ENCEINTE


Tout le monde entre dans le temple. Je choisis de faire le tour de l'enceinte.
Temps nuageux, venté, un peu perturbé. La pluie devrait être au rendez-vous...
J'ai laissé ma veste de montagne à l'hôtel...
On a construit des oratoires de marbre blanc sur tout le périmètre.
L'iconographie des sculptures est assez répétitive, mais je les aime bien.

De cette terrasse, le panorama est formidable sur la rivière Shatrunjaya, très large.
Un de ses méandres entoure d'ailleurs cette colline.
Je repère une autre colline, surmontée d'un temple, qui surplombe la rivière. Je compte bien m'y rendre ensuite.

Ce site impressionnant est un immense chantier.
Des ouvriers en suspension sculptent des statues, policent le pavement de marbre, reçoivent des plaques de marbre du haut de leur échafaudage...
Des blocs de marbre et de pierres gisent un peu partout. On regroupe aussi les briques en de grands tas.

Je photographie oratoires, portails, détails d'architecture et de décoration.
L'enceinte compte plusieurs plateformes emboîtées. C'est pratique pour obtenir des photos avec des champs de vision variés.
En contrebas, la rivière en débordant ennoye de nombreux arbres. Des sentiers permettent d'y descendre.

Après un tour complet, je constate que deux cars ont déversé de nombreux Indiens, très bruyants.
Je m'éloigne, en attendant que le flux se disperse.
Un peu plus tard, ils sortent massivement du temple. C'était une visite express !
Un moment idéal pour y entrer.


L'INTÉRIEUR DU TEMPLE PRINCIPAL


Ce temple de marbre blanc est somptueux.
Aussitôt, je grimpe sur la terrasse pour mieux le voir. Puis je passe de terrasse en terrasse grâce à des échelles.
Cela permet des photos formidables.

A midi, un gardien m'ordonne de descendre. Le bus va repartir !
- "C'est très gentil, Monsieur, de me prévenir ! Mais je préfère rester ! Pour le retour, je verrai bien !"
Les prêtres rigolent, m'approuvent, me font signe de rester. Ils finissent d'échanger leur toge blanche contre une tenue civile pour aller déjeuner.

Cela me donne faim. Lunch léger (bananes, 2 biscuits et chocolat) avant de reprendre mes exercices de funambule.

Plusieurs terrasses, carrelées de céramiques, sont inondées. Je dois remonter mon pantalon, l'eau m'arrive au dessus de la cheville.
Le ciel s'obscurcit , se plombe. La pluie m'oblige à descendre dans la cour.
Je visite quelques chapelles de tirthankars, à l'abri.

Pendant dix minutes, le temple me semble vide.
Puis des ouvriers d'entretien arrivent.
Depuis 12h30, j'écris sur une table basse. Petite discussion autour de mon cahier.
Après l'averse, un franc soleil rayonne.

Une douzaine d'Indiens débarquent bruyamment.
Très vite, les femmes s'asseyent en face du choeur, occupé par quatre grandes statues de tirthankars, pour une prière. Des chants lui succèdent.
Deux hommes, en tenue blanche jaïne, vont et viennent, donnent des conseils, se mêlent aux chants.

Après trois quart d'heure d'écriture, je reprends la visite.
Les Indiens ont disparu depuis longtemps.
Ce temple de marbre blanc possède au rez de chaussée quatre vastes halls.
Chacun est doté d'une grande coupole et de nombreux piliers.
Des niches abritent de petites statues de tirthankars. Plusieurs blocs sont bruts, en attente d'être sculptés.

Je m'interdis de photographier les idoles car plusieurs ouvriers se reposent à proximité.
Y compris dans le choeur. Quatre immenses tirthankaras, cela me tente, pourtant...

Je découvre les deux escaliers qui permettent de monter à l'étage, situé au même niveau que les terrasses latérales.
Ce temple est de toute beauté.
Je prends le temps de photographier ce qui me plaît.

Grâce au ciel dégagé, je distingue la colline de Shatrunjaya, couronnée par la citadelle.
Palitana est cachée de l'autre coté par trois collines.
En revoyant la colline isolée, coiffée d'un temple, je décide d'y aller.


PETITE PROMENADE AVORTÉE


Alors que je quitte le temple, deux camions pleins de jeunes gens et un troisième de jeunes filles arrivent. Ils hurlent en me voyant descendre à pied.
Ce temple ressemble vraiment à une cité fortifiée, une cite ecclésiastique, comme il en existait en Europe au moyen-age.

Je cherche à gauche le chemin pour la colline, mais j'aboutis à une impasse.
Perplexe, je comprends que ce sera moins facile que prévu...
Ou alors, en passant par la droite de la cité...

La pluie tranche le débat !
Sans protection, plus question de promenades.
Il sera bientôt 15h, le mieux est de redescendre par les marches.



DESCENTE PAR LES MARCHES


En plus des portions de route, que les piétons doivent parfois emprunter, il y a 2000 marches à Hastagiri.
C'est raisonnable, en comparaison avec Shatrunjaya (3800) ou Girnargiri (5000 marches).
Et je ne suis pas vraiment fatigué, car le bus m'a épargné la montée.

Cependant, je dois me réfugier dans un temple hindou plus bas.
J'y attends que passe le plus gros de l'averse.
Puis je continue à descendre la route, sous une pluie fine, quand les trois camions pleins de jeunes me dépassent. Déja !

Plus bas, je croise un bouvier, avec turban et djelabah, que je salue.
Il m'indique la reprise des marches, à un virage de la route.
Ce raccourci permet une descente d'escaliers raides. C'est préférable aux lacets interminables de la route.

Les deux escaliers traversent le versant en pleine nature.
Pour un marcheur solitaire, cela semble du luxe. Pendant les heures de foule, l'un est prévu pour la montée, l'autre pour la descente.

Les oiseaux poursuivent leur concours de chants.
Des paons sont perch
és au sommet de poteaux.
Un autre, caché sur une branche, entre les deux escaliers, s'envole.
Il déploie à demi ailes et queue, pour se poser plus loin avec grâce. C'est très beau.

Ce matin, un homme de l'office me donne 15h30, puis 17h comme heures de passage d'un bus pour Palitana.
J'arrive en bas vers 15h20. C'est gagné...


DE LA PATIENCE COMME L'UN DES BEAUX ARTS


A l'office, un autre homme me parle du bus de 16h.
Qui a raison ?
Par prudence, je m'installe à l'arrêt de bus.
Deux hommes discutent devant une échoppe ouverte sous l'arrêt.
Attente.
Au bout d'un quart d'heure, je comprends que le bus de 15h30 était imaginaire.

Des femmes passent en groupe, se cachent toutes le visage sous un voile.
De quoi ont-elles peur ?
Certains passants puisent un verre d'eau dans la jarre à côté de l'arrêt.
Des enfants vont à pied ou en vélo.

A 16h, un pressentiment s'impose comme une révélation : et si tous les deux avaient tord ?
A 16h30, mon intuition s'avère juste.
Aucun bus n'est passé depuis plus d'une heure.

A l'office, l'un des scribes ne s'étonne guère du démenti que les faits donnent à ses prévisions.
Il discute avec un homme.
- "This man have a car. You can go with him in Palitana !"
L'homme précise : "Yes. Ten minutes, I'm coming !"

Mon instinct m'avertit que je ne dois pas prendre ces paroles à la lettre.
Je sors, hésite.
Le mieux serait peut être de continuer à attendre à l'arrêt...
C'est alors qu'un autre scribe sort sur le seuil et me conseille d'attendre dans la voiture du gentleman.

Comme je ne veux vexer personne, je renonce à l'arrêt.
Mais je me tiens prêt à foncer si un bus arrive dans la bonne direction.
Après un quart d'heure, trois jeunes hommes se pointent. A cinq dans cette petite Maruti, nous allons nous serrer !

Quand l'un me parle du bus de 5 heures, je lui réponds que je n'y crois pas.
Il ne passera pas, j'en suis sûr !
Cela le fait rire. Tout deux se moquent de moi en allant à l'arrêt.
A leur retour après 17h, la mine déconfite, je n'ai pas le courage de me moquer d'eux.
- "Nevermind. It's India !"

Le troisième jeune homme s'avère un passager de notre hypothétique conducteur.
Ce dernier finit par arriver, s'installe au volant, tousse, chipote, discute...
Puis il repart à l'office !
J'ai envie de chanter un passage de la Marseillaise, celui ou de féroces soldats égorgent nos filles et nos compagnes...

Cinq minutes plus tard, le conducteur revient accompagné d'un jeune prêtre jaïn.
Quatre personnes dans sa Maruti, quel confort.
Le conducteur a du boulot.
Les ornières de la route ne lui laissent pas le temps de rêver.
Il évite d'extrême justesse un veau, qui par étourderie fonce droit sous nos roues...
Les suicides de jeunes augmentent aussi en Inde, m'a-t-on dit...


Lionel Bonhouvrier.

lundi 16 août 2010

D4. TEMPO, AUTORICKSHAW et RICKSHAW (Palitana)


TEMPO, AUTORICKSHAW
et RICKSHAW
(Palitana)




QU'EST-CE QU'UN TEMPO ?


Les dieux du hasard (qui gouvernent jalousement la vie chaotique des voyageurs) m'aident à arriver à Palitana en tempo.
Cet autorickshaw agrandi gagne à être connu.

Les voyageurs en Inde connaissent les autorickshaws, triporteurs puants et cahotants. Leurs conducteurs ont une réputation peu flatteuse, souvent méritée...
On y entre sur le côté, près du conducteur ou sur la banquette arrière.
Une capote ferme complètement l'arrière du véhicule.

Rajoutez un accès à l'arrière, avec deux banquettes orientées dans le sens de la route, vous avez un tempo !
On y case autant de passagers que dans un mini-bus chez nous : une douzaine au moins.
Parfois, un tempo dégorge tant de passagers que vos yeux en sortent de leurs orbites...


Je découvre l'intérêt du tempo en 2003 en débarquant à Jhansi.
C'est le moyen idéal pour arriver à Orchha, située à 18 km.
Il remplace le bus, comme les jeeps dans l'Himalaya.
Leur coût, beaucoup moins onéreux que celui des autorickshaws, les rapproche également des bus, très bons marchés en Inde.



DES INCONVÉNIENTS DES AUTORICKSHAWS


D'autres facteurs plaident en faveur des tempos.
La mentalité de leurs conducteurs est plus agréable que celle des autorickshaw-wallahs...
Si je devais raconter mes expériences désagréables avec ces derniers, quelques pages n'y suffiraient pas...

Précisons que certains auto-wallahs confondent transport et racket.
A Junagadh, je veux aller à Girnar Taleti, départ de la marche pour la colline des temples jaïns.
Ces forbans s'entendent pour exiger 60 roupies d'une course qui n'en vaut que 30.
Résultat : je m'y rends en tempo, contre 15 roupies...

Les
autorickshaws sont très nombreux. C'est pratique quand on est pressé.
A partir de deux personnes, ils sont rentables pour les voyageurs.
Une famille indienne n'hésite pas à les utiliser car le coût de la course reste le même, pour une comme pour cinq personnes.
Mais ils polluent les villes, sont très bruyants et participent beaucoup aux stress des piétons, par leur comportement agressif.
On rêverait d'un conducteur courtois...


Bien des autorickshaws agissent comme des corsaires urbains.
Parfois, ils arborent fièrement un drapeau rouge, flottant au dessus de leur capote...
Cela m'amuse, cette fierté de cabotins, pour des caboteurs routiniers.
Ils refusent souvent une course par ignorance.
Ou parce qu'elle les éloigne de leur circuit habituel.
Ou pour d'autres raisons de marins d'eau douce...

C'est pourquoi, je conseille aux voyageurs de préférer bus ou tempos aux autorickshaws.
Dans la mesure du possible, car les tempos sont plus rares.



VUES NOUVELLES SUR LES RICKSHAWS


En 2003, j'hésite longtemps à utiliser un rickshaw.
C'est un vélo, prolongé par un châssis sur deux roues, avec banquette et capote.
Ce tricycle transporte deux personnes avec leurs gros sacs.

Voir un homme suer pour traîner un tel poids me répugnait.
Cela avait des relents d'esclavage, qui me hérissaient le poil.
Un moteur, c'est la civilisation, non ?

Je préférais systématiquement l'autorickshaw au rickshaw.

Après nombre de voyages en Inde, ma vision des choses a bien changé.
Quand je suis peu chargé, je choisis un rickshaw pour des courses urbaines.
Et j'ai de solides raisons a faire valoir !

1. Un rickshaw-wallah a aussi besoin de gagner sa vie.
2. Le rickshaw est écologique : silencieux, non polluant, économe en énergie ! Il est parfait pour circuler en centres ville.
3. Il est parfaitement adapté à la ville, où la vitesse est faible à cause des embouteillages.
4. Très efficace, il passe partout, là où ni un bus, ni une voiture ne peuvent aller...



Lionel Bonhouvrier.

D3. PAS de VACANCES à PALITANA


PAS DE VACANCES
A
PALITANA





UNE ÉCOLE UN DIMANCHE


En anglais, j'annonce aussitôt la couleur :
-"Si je ne peux utiliser internet à Palitana, je reste une nuit seulement. Mais si vous trouvez une solution, je reste trois nuits ou davantage !"
Le taulier connaît son job.
En écrivant mon reçu, il pianote sur son portable.

Un quart d'heure plus tard, je le revois sur le seuil de ma nouvelle chambre en compagnie d'un jeune homme.
Bharat enseigne l'anglais, cela facilite le dialogue.
Deux minutes plus tard, nous traversons Palitana sur sa moto a une allure de sénateur.

Dans une boutique où l'on forme les gens à l'informatique, j'utilise un des ordinateurs de 12h30 à 13h30.
Mes blogs sont insatiables.
J'ai laissé un texte dans les douleurs de l'accouchement.
Mon devoir de sage-femme est de mettre au jour "Les temples jaïns de Girnargiri".

Au bout d'une heure, la boutique ferme jusqu'au lendemain.
Nous sommes dimanche 15 août, jour de l'indépendance de l'Inde.
En cette période de fête, le pont que nous avons traversé et Main Bazar sont pavoisés, les couleurs flottent au vent.
Tant pis pour les sages-femmes...

Bharat, revenu à la boutique au bout d'une heure, me propose de déjeuner chez lui en famille. Au diable la douche !
J'accepte son invitation et deux minutes plus tard, il gare la Yamaha devant sa maison.

Sa grand-mère est assise sur une balançoire.
-"Elle a cent ans !", précise Bharat.
Nous nous saluons réciproquement.
Au salon, il me présente sa femme et son père.
Je ne verrai pas sa mère, qui reste dans la cuisine pour le repas.

Les plats sont disposés sur le sol pendant que nous discutons, assis sur des banquettes. Bharat résume l'essentiel pour son père, un homme très discret.
Puis nous commençons le lunch, assis sur une natte.
Riz et chapatis, deux sauces, des rondelles de concombre, du petit lait...
C'est très bon, mais le voyage depuis Junagadh ne m'a guère creusé l'appétit.
La femme de Bharat nous sert peu à peu.

Leur fille Nancy entre peu après. J'intimide ses deux ans et demi.
Le neveu de Bharat, dix ans environ, arrive et joue avec elle près de la balançoire.
Le repas expédié, nous montons à l'étage, où deux salles constituent l'école privée de Bharat.

Il apprend l'anglais à 300 élèves, de plus de 13 ans, une heure par semaine.
Il me montre les locaux, puis un album de photos.

De nombreux étrangers, reçus dans leur famille, au cours d'un repas ou d'une fête.
Les Français semblent les plus nombreux, parmi un Canadien, deux Russes et une majorité d'Européens (Anglais, Allemands, Suisses, Espagnols...)
Un Français, aujourd'hui à la retraite, est revenu quatre fois au Gujarat. Il a offert un tableau neuf pour une des salles de l'école.

Bharat me raccompagne en moto jusqu'à mon hôtel.
Dans la chambre, je compte prendre une douche, mais je m'endors immédiatement.
La sieste dure plus de trois heures...



RETOUR A L'ÉCOLE MARDI


Lundi, je consacre toute la journée, de 6h a 18h, à Shatrunjaya.
Voir les textes correspondants dans ce blog.
Vers 21 h, je téléphone à Bharat.
Et si je passais le lendemain dans une de ses classes, pour discuter avec quelques élèves ? Cela pourrait les intéresser.
Il est enchanté de cette proposition.

Mardi matin, j'écris pour le blog dans la boutique de cours en informatique.
Quand Bharat arrive,
vers 10h30, il me transporte à moto jusqu'à son école.
La classe principale est occupée par des jeunes filles, de 16 à 20 ans environ.

Leur niveau d'anglais est celui de grandes débutantes.
Je parle très lentement et distinctement pour me faire mieux comprendre.
Je me présente et les invite à m'interroger sur mes voyages en Inde, sur la France, les Français, etc.
Pendant trois quart d'heure, l'échange est fructueux.

Je pense en avoir terminé, mais la classe se renouvelle, c'est reparti pour un tour !
Bharat intervient très peu, sauf pour traduire en gujarati certaines de mes réponses quand c'est nécessaire.
J'essaye de ne pas redire les mêmes phrases, je varie mes réponses.

A midi passé, Bharat met fin à cette deuxième classe.
Des jeunes filles me tendent leur cahier pour que j'écrive quelques mots en français. Tout s'est très bien déroulé.
D'autres jeunes filles regardent sur l'ordinateur les photos d'une sortie scolaire récente à Bhavnagar.
Dans le salon, je suis invité à déjeuner.
Cette fois, la mère de Bharat est présente et Nancy est moins timide.

Le repas terminé, je suis très surpris quand Bharat me dit qu'il est l'heure.
Il se lève, je le suis, nous montons à l'école.
La classe principale est occupée par des garçons. Je les salue, mais Bharat m'oriente vers l'autre pièce.

Laquelle est pleine de jeunes filles...
Malheureusement, on étouffe, je suis instantanément en sueur !
De plus, ce groupe est très faible en anglais. Bharat traduit souvent mes propos en gujarati... Le groupe est passif. Deux ou trois élèves osent parler. C'est décevant.
Mais je tiens à faire l'effort nécessaire. Réflexe de pédagogue...

Quand les jeunes filles refluent, je constate que les garçons m'attendent avec impatience à côté. Difficile de refuser...
Heureusement, ils sont dynamiques. Les questions fusent sans cesse. Beaucoup de sujets sont abordés. Je dois même leur parler de Nicolas Sarkozy !

Le temps passe donc très vite.
A la fin, les élèves applaudissent !
Je donne un autographe à chacun, ce qui prend du temps. Un élève ne se plaindra pas de ne pas avoir ma signature...



MERCREDI, AU BOULOT !



Le lendemain, je visite Hasta giri toute la journée.
Malgré la fatigue, je tiens à avancer le blog...
Au bout d'une heure, Bharat me rejoint avec Nancy dans la boutique.
Vers 19h30, nous filons chez lui à moto.

Car Bharat a laissé une classe de garçon à l'étage...
J'aurai préféré discuter avec sa famille...
Heureusement, ce groupe est vif. Je dois les canaliser pour éviter le trop plein, ou des débats particuliers. Deux élèves sont intelligents.

Finalement, les quarante minutes sont agréables, même si Bharat se plaint à la fin de leur manque de discipline...
Les élèves sont satisfaits de cette conversation en anglais.

C'est l'heure du dîner.
Au salon, je détourne Bharat , scotché à la télé, pour échanger nos coordonnées, car nous ne nous reverrons plus.
Nancy s'est habituée à moi et j'observe ses caprices. Elle aime être le centre de l'attention générale. Tout le monde la chouchoute, surtout sa grand-mère.

J'aimerai arrêter ici cette histoire.
Mais Bharat, implacable, m'entraîne dans sa classe...
De 21h à 22h, je suis face à trois, puis quatre, puis cinq élèves. La plupart sont absents à cause d'une fête musulmane, et les retardataires étaient excusés.
- "Ils voulaient faire ta connaissance", précise Bharat.

Sans doute, mais ils ne parlent pas anglais, sont incapables de comprendre une phrase simple !
Je ne leur parle donc pas. S'ennuyer une heure à ne rien faire, c'est interminable !
Bharat nous distribue des bandes-dessinées en anglais...
Epuisé, je rêve de mon lit...
Pourquoi Bharat ne m'a pas libéré au bout de dix minutes ?
Les aiguilles de la pendule, en face du tableau, n'avancent pas.

La garderie, quelle misère...


Lionel Bonhouvrier.